Lécran, lieu de passage obligé
L’écran, lieu de passage obligé
Wladimir Andreff étudie depuis plusieurs années les rapports entre le sport et l’économie. Il résume de façon particulièrement claire les relations entre le sport et les médias en insistant sur deux points essentiels : “Le premier est l’apparition d’un besoin de narration, de retransmission de l’événement sportif; cette retransmission mobilise des moyens économiques et financiers; par exemple, la presse doit mobiliser des moyens matériels, des reporters, payer des frais de voyage, etc. La télévision mobilise aujourd’hui d’importants moyens techniques et financiers pour “couvrir” l'événement sportif. Le second est, disons, historique: peu à peu les médias vont adopter une autre attitude économique à l’égard des sports, l’organisation de l’événement sportif lui-même. Par exemple le Tour de France ou d’autres courses cyclistes ont été lancés par des journaux, ou ont été organisés par des organes de presse ayant une rubrique sportive, et a fortiori par des entreprises de presse disposant de titres exclusivement consacrés au sport. Ces organes de presse y voient un avantage important : développer leur lectorat, c’est-à-dire leur propre marché. Si le journal L’Équipe organise des épreuves sportives aujourd’hui, ce n’est pas uniquement pour la promotion du sport, c’est également pour la promotion des ventes. Donc, on a cette relation d’organisation du sport par les médias qui a commencé à la fin du XIXe siècle et s’est prolongée jusqu’à nos jours”. En d’autres mots, on pourrait dire que “le sport, ça peut rapporter gros” et cela dans une double direction. D’une part, pour la télévision, le sport (ou du moins certains événements sportifs) est un bon moyen de “capturer de l’audience”, c’est-à-dire “de faire des téléspectateurs,” et donc de pouvoir accroître les 12 recettes publicitaires en augmentant les tarifs. D’autre part, pour les milieux du sport (clubs, fédérations, organisateurs) qui ont accès à la télévision, celle-ci constitue un apport financier très important, voire indispensable, dans les budgets de ces clubs et fédérations, un appel aux investissements publicitaires (plus on voit les panneaux publicitaires du stade ou les maillots des joueurs, plus les tarifs pratiqués par le club vis-à-vis des annonceurs ou des partenaires commerciaux peuvent être élevés) et un bon vecteur de promotion du sport télédiffusé, bien que les retransmissions sportives puissent entraîner dans le même mouvement une certaine désaffection des lieux de compétition (moins de spectateurs aux rencontres ou compétitions).