Les effets sur et dans les médias
Les “effets” sur et dans les médias
Depuis que la télévision a pénétré les coulisses des spectacles sportifs et emmené les téléspectateurs dans les vestiaires des clubs, ces coulisses et “les querelles des athlètes avec leurs entraîneurs sont à présent traitées comme des nouvelles impotantes”. Sont ainsi apparues sur l'avant-scène médiatique des lieux complètement occultés jusque là. Il est possible que cette avancée dans le caché et l'intimité des clubs sportifs et de leurs vedettes contribue à une vision de plus en plus “people” du monde hautement médiatisé. Les “stars” du sport sont aussi des “figurants” publicitaires et ils comptent parmi les invités récurrents des émissions de variété. Les sportifs ont cassé le monopole des grandes figures du show business qu'ils concurrencent désormais sur leur propre terrain de représentation médiatique en emmenant dans leur sillage les vedettes de la mode ou de la politique. Les sportifs connus et célébrés ont allègrement franchi les frontières qui les tenaient enfermés loin des plateaux de télévision et de la “une” de la presse grand public ou à sensation. “L'image télévisuelle, plus ou moins chargée d'émotions et d'intentions divergentes, fait palpiter for ever les tensions les plus opposées”. Des effets aux usages Avant d'entrer dans le vif du sujet, et donc d'envisager les “effets sur les gens”, il est important de pointer que la notion même d'effets mérite d'être discutée. Ainsi, en passant des “effets qu'ont les médias sur les gens” aux “usages que les gens ont des médias”, on renverse, d'une certaine façon, la perspective. Abandonnant une analyse déterministe, on s'engage dans une voie d'interprétation où les acteurs sociaux “récupèrent” de l'autonomie et de la capacité d'action. Bien sûr, il ne s'agit en aucune façon de verser dans une autre forme de radicalisme analytique en négligeant le poids des structures et des contextes sociaux, économiques, politiques, culturelles… La violence Quand on se place du point de vue des “effets” des médias en matière de violence, c'est, évidemment, la question du hooliganisme qui apparaît comme l'élément central de la réflexion. Encore une fois, nous parlerons ici essentiellement de football, mais il est certain que, mutatis mutandis, ces brefs propos vallent au-delà du “monde du ballon rond”. http://www.media-awareness.ca/francais/enjeux/stereotypes/masculinite/masculinite_sport.cfm (page consulté le 7 Avril 2006) La pratique sportive La question souvent posée par “l'opinion publique”, par les responsables d'institutions sportives ou par les analystes tourne autour de l'influence (positive) de la médiatisation et de la télé visualisation sur l'augmentation de la pratique sportive. L’identification Les questions liées au processus d'identification et de projection dépassent de très loin le strict champ sportif. Certes, l'identification peut être un moteur du supportérisme direct ou médiatisé, même si d'un point de vue sportif, il est possible que ces processus “restent cependant fort superficiels ou trop éphémères (…) pour avoir une incidence durable sur le comportement”. En fait, “L’identification dans le sport est une modalité sociale, collective, spécifique, qui permet la manifestation d’un sentiment d’appartenance groupale –dont la réalité réside dans le fait même qu’elle dit exister par cette manifestation; ce sentiment d’appartenance est néanmoins une construction fondamentalement dérivée de l’histoire, c’est-à-dire une histoire au cours de laquelle des Etats ont donné forme, d’ailleurs différente, à des nations, au cours de laquelle les nations, donc, se sont dotées de formes auto structurantes, au cours de laquelle elles n’ont pas cessé d’élaborer et de remanier ce que j’ai appelé un roman national, destiné à les identifier. Les villes, soulignons-le, ne sont d’ailleurs pas seulement les ombres portées du Grand État, où s’applique la loi de celui-ci, elles sont également, en elles-mêmes, des petits Etats gouvernés de façon partiellement autonome, ceux-ci immergés dans des entités régionales plus ou moins autonomisées selon les pays. Le nationalisme Figure particulière, l'identification nationale joue probablement à plein lors des grands rendez-vous sportifs. Il suffit de se rappeler l'effervescence belge de 1986 (les Diables Rouges à Une saturation Nous l'avons déjà évoqué plus haut, trop de sport médiatisé peut tuer la poule aux oeufs d'or du sport médiatisé. En effet, la multiplication des épreuves, des compétitions, des coupes et autres systèmes de combinaison et de comptabilisation risquent de provoquer, du moins pour certains sports et sur un plan général, des formes assez neuves d'embouteillages médiatiques et d'usure. – Imaginez-vous que les consommateurs de sport formulent une exigence éthique?
Pour aller plus loin, on pourrait même émettre l'hypothèse qu'un certain nombre de productions médiatiques essentiellement télévisuelles sont en voie de “sportivisation”, dans un sens proche de celui que les sociologues utilisent pour montrer que la société globale se trouve définie et représentée sur le mode de la performance et de l'affrontement sportifs.
D'autre part, il ne faut pas négliger les effets provoqués par les collaborations et les contrats d'exclusivité que ces deux mondes (sports et médias) mettent en oeuvre. Deux exemples serviront amplement à rappeler l'existence et la force d'un champ de contraintes de plus en plus prégnant : “En juillet 1997, l’émission “Autour du Tour” diffusée depuis Disneyland Paris a valu à France 3 une procédure de sanction du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). La chaîne diffusait des images promotionnelles réalisées par le groupe Disney lui-même, accompagnées d’un entretien bienveillant avec le directeur général du parc. Dans son rapport annuel, l’instance de régulation se disait “troublée” de constater que “différentes chaînes traitent d’un même produit, avec des reportages quasi similaires, tant dans les images que dans les commentaires”
“Les choix éditoriaux de l’Équipe ne sont sans doute pas toujours étrangers aux intérêts d’Amaury Sport Organisation (ASO), filiale de son actionnaire, le groupe Amaury. Faut-il, à l’instar du Canard enchaîné, voir la marque de représailles, pour avoir écarté ASO de la billetterie du Mondial, dans l’hostilité du journal sportif à l’égard d’Aimé Jacquet? Les 350 millions de francs français de recettes publicitaires de cette filiale d’organisation du Tour de France n’ont pas incité le quotidien à jouer les trouble-fêtes d’un événement malmené par le dopage et l’affaire Festina”.
Reste encore à ajouter que “le scandale de l’aliénation réside moins dans ce qu’on publie que dans ce qu’on oublie…” et que, au-delà du champ publicitaire, les oubliés du sport hautement médiatisé sont probablement de plus en plus nombreux.
Les “effets” sur les gens
Le sport montré, proposé, construit par les chaînes de télévision est, d’une certaine façon une marchandise mise à disposition de consommateurs plus ou moins passifs. Certains auteurs, comme Jean-Marie Brohm, n’hésitent pas à soutenir que la télévision manipule les émotions en proposant aux téléspectateurs des “images quasi sacrées, ritualisées, divines”. D’autres analystes des phénomènes sportifs, comme par exemple Christian Bromberger, nuancent cette vision extrêmement critique et désenchantée et fondent leur réflexion sur une position de principe: les amateurs de sport à la télévision ne sont pas des “idiots culturels”, des personnes “incapables de distance critique sur le monde qui les entoure et que leur ferveur emprisonnerait dans l’illusion”. Si, incontestablement, les spectacles sportifs proposés par la télévision ont une réelle dimension esthétique, imaginaire, délassante, ils sont aussi très souvent des moyens mis au service du déploiement commercial et du diktat de l’audimat. Le téléspectateur qui bondit de son fauteuil quand son équipe favorite marque un goal et qui saute de joie, le plus souvent, seul dans son salon, restera-t-il profondément englouti dans les plis profonds de son siège quand le sport qu’il prétend aimer ne sera plus qu’un prétexte à ramener de l’audience et donc de l’argent? Voilà un des enjeux majeurs qui, peut-être, se joue dans nos salons et sur lequel chaque téléspectateur peut prétendre garder suffisamment de maîtrise et de liberté d’action.
Emmanuel Leclercq résume assez bien ce passage des “effets” aux “usages”: “Plusieurs travaux nous ont rassuré sur nos facultés de défense: notre passivité ou capacité d’influence est sérieusement filtrée par rapport aux messages médiatiques, grâce à la sélection de notre exposition, de notre perception et de notre mémorisation. A partir de là, plusieurs paradigmes s’affrontent sur la question de l’impact des médias. Si Lazarsfeld considérait, dès les années 40, les effets des médias limités, indirects et à court terme, les théories se sont affinées depuis: la pensée critique a avancé l’idée que les médias disent aux gens ce qu’il ne faut pas penser (la révolution, le changement…). D’autres théoriciens, tenants du paradigme politique, ont soutenu que les médias disent aux gens ce à quoi ils doivent penser. Un effet d’“agenda” tout au plus accordé aux médias…Enfin, dans le paradigme technologique, les médias sont conçus comme des opérateurs de la pensée: les outils modifient la façon de penser".
Les consommateurs de médias et singulièrement les téléspectateurs n'ont cependant pas la possibilité d'inférer directement sur les programmes qui leur sont proposés, ni sur leur conception, ni sur ce qu'ils drainent symboliquement avec eux.
Ainsi : “En sport, (…) images et commentaires engendrent ou annihilent les ferveurs. Au creux de l’événement, là même où se niche la passion, triomphent de savantes mises en scène. Sous l’apparente irrationalité de l’inclination, les caméras décident de l’important; et, dans l’hyperbole du détail, les zooms créent l’essentiel.
Notre culture affective n’est jamais à portée de main. Manipulée par la puissance médiatique, elle se présente dans un monde d’illusions chatoyantes. Reportages, plans fixes, ralentis, entretiens, vocabulaire, tout est prêt pour que l’affectivité consomme du sens. La passion participe à ces systèmes de signification et de valeurs promus par le “paysage audiovisuel”. Ici, sport et société s’unissent en un même paradigme. (…) Sous la pression des sponsors et de l’audimat, les médias participent à l’économie des passions. La charge symbolique des images reste indissociable de leurs valeurs marchandes. On l’aura compris: les caméras pistent les héros, et du même coup les créent. Fort de ses techniques, et sous l’apparente objectivité de l’objectif, l’univers médiatique manœuvre l’ordre des passions. Parler ou se taire, diffuser ou non les images d’un exploit révèle les choix et les systèmes de valeurs propres à une société. Profusion et rareté des retransmissions certifient les engouements, tout en les composant et en les faisant exister.”

Pour Manuel Comeron et Serge Govaert, le hooliganisme est un phénomène qui “se caractérise par la production de comportements agressifs produits par un individu dans le contexte du spectacle sportif”. Les médias commencèrent à faire état de ce phénomène dans les années 60 avec la multiplication des scènes de violence entre les spectateurs des matchs de football en Grande-Bretagne. Même si les actes de violence liés au sport ne sont pas neufs, ce qui retient particulièrement l'attention, c'est la place que les médias peuvent jouer dans le développement du phénomène.
Les points de vue des analystes de la violence dans le sport sont, en la matière, assez divergents. Résumons-les sommairement en recourant à quelques citations d'auteurs. Christian Pociello estime que les médias influencent la perception que le grand public a du hooliganisme en exagérant les méfaits commis et en les dramatisant à l'excès. Il pense que, pour l'essentiel, les hooligans donnent l'illusion de la violence. Mais d'autre part, il pense aussi dans une espèce de mouvement paradoxal– que la médiatisation contribue à la continuation voire au développement du phénomène: “Devenant, en quelque sorte, spectacle dans le spectacle, les hooligans peuvent y manifester cette “rage de paraître”, s'agiter sur les gradins, y composer de vastes figures collectives “pour être vus”, se battre violemment entre bandes pour se sentir exister. Ce qui se joue n'est plus seulement la construction d'une identité collective, mais la quête individuelle et groupale de moyens d'exister aux yeux du monde, en se construisant soi-même comme spectacle. C'est bien la télévision qui prête à cette volonté, son involontaire puis sa complaisante tribune”.
Pour Manuel Comeron et Serge Govaert, le seul élément indéniable à propos du rôle des médias tient en ce que la violence spontanée s'est transformée en une violence préméditée. Sans prétendre qu'il s'agisse d'une relation de “cause à effet”, ils remarquent, sur base d'une étude empirique, que les siders sont friands de la “publicité” et de l'affichage social que les médias leur procurent.
On s'en douterait, Jean-Marie Brohm a un point de vue nettement plus radical sur la question. Pour lui, le sport-spectacle est, par nature, responsable de la violence qu'il engendre: “Le football-vandalisme, le supportérisme, le hooliganisme sont aujourd'hui aussi indissolubles au football-spectacle que la mousse l'est à la bière ingurgitée en quantité industrielle par les fanatiques du ballon rond… Le massacre du Heysel en mai
Nous n'irons pas plus loin, à ce propos, dans le cadre de ce rapport. Néanmoins, laissons la parole à Jean Lacouture qui met en relation la violence des spectateurs avec la violence du terrain.
“… On se branche sur la télévision. Non qu’elle réfléchisse elle-même ces lamentables errements: les cameramen semblent même se faire un malin plaisir de braquer leurs appareils sur les skinheads éructants et forcenés, sur les débiles gesticulations des “supporters” caporalisés, sur les grotesques empilements de joueurs après le moindre but marqué. Quel spectacle, ces corps grouillants amoncelés sur le gazon, ces individus qui ont perdu tout contrôle d’eux-mêmes ce contrôle qui est l’essence même du sport!”
Wladimir Andreff et Jean-François Nys ont un point de vue que l'on pourrait qualifier de “différentialiste” dans la mesure où, pour eux: “Il apparaît que les sports télévisés sont dans une situation extrêmement différenciée en termes d'audience. Par conséquent, la promotion opérée par
En comparant la croissance des effectifs des pratiquants des sports les plus médiatisés à la croissance des effectifs des sports les plus en progression du point de vue du nombre de leurs pratiquants, ils constatent que la corrélation est quasiment nulle. Ce qui laisse entendre que, d'un point de vue général, il n'y a pas de rapports à long terme en tout cas entre la télé visualisation d'un sport et l'augmentation de ses pratiquants affiliés.
Raymond Thomas pense, quant à lui, que les médias peuvent inciter à la pratique sportive, à condition que des vedettes identifiables soient valorisées : “L'effet des médias passe par l'impact de la vedette. Le développement d'une discipline est souvent influencé par un spécialiste de haut niveau lorsque les performances de celui-ci sont retransmises par les médias”.
On le voit, les avis sont ici aussi multiples et peu d'éléments incontestables permettent de tirer des conclusions indiscutables. Les résultats d'une étude concrète129, réalisée auprès d'un public de jeunes de 15 à 17 ans, arrive à des conclusions assez proches de ce que nous venons d'évoquer.
Ainsi, tous les jeunes téléspectateurs n'abordent pas le discours sportif offert par la télévision avec la même intensité (les pratiquants en clubs se sentent plus concernés par le sport télévisé que les autres) et tous les programmes sportifs n'ont pas la même portée sur le public, dans la mesure où le sport international est très significativement valorisé dans leurs propos.
L’identification est une infrastructure sur laquelle viennent se greffer des superstructures de tout ordre et, par exemple, des contenus ou des signifiés politiques, idéologiques ou religieux”.
En sport, tout est toujours à recommencer et les enthousiasmes les plus chaleureux ou les plus chauvins sont parfois assez vite refroidis.
On a souvent mis le doigt sur le rôle que les commentateurs sportifs pouvaient jouer en la matière: “Les commentateurs sportifs en “rajoutent” s'il est permis de s'exprimer ainsi. Par exemple quand un cycliste remporte une finale sur piste, on finit par ne plus le désigner par son nom, mais par sa nationalité et de là on passe à l'équipe “italienne” (ou “française”), pour conclure que la “France remporte sa sixième médaille”. Ce n'est plus Quentin qui pédale, c'est
Une autre conséquence possible de la saturation peut être la fuite en avant et la mise en œuvre de tous les moyens pour arriver à se distinguer. A n'importe quel prix.
Antoine Vayer, responsable de l'entraînement de cyclistes, pense que la vigilance des (télé)spectateurs n'est pas une chose vaine ou disparue:
– Cela arrivera si les gens se rendent compte qu'on les prend pour des “gogos”. On ne peut pas avilir longtemps le public. Sa révolte se manifestera par une désaffection du spectacle sportif et par une nette diminution de la consommation des produits du sport. Le système peut très bien ne pas s'en remettre, car on touche là à un de ses fondements : le profit.
– Mais ce public sera-t-il à même d'accepter une baisse du niveau de performance?
– L'amateur de sport sait que les courses au record ne sont pas les plus belles. Il sait qu'il vaut mieux assister à un 5.000 mètres d'athlétisme tactique qu'à un 5.000 mètres mené au sprint avec élimination des concurrents au bout de 1.000 mètres.
Il sait que l'ascension du mont Ventoux par des cyclistes est passionnante si les champions sont encore tous sur la pente et non pas dispersés avant la montée par le travail d'équipiers “survitaminés”.
Reste à savoir si les sponsors et les médias sont prêts, eux, à l'accepter, parce que, en matière de sport, ils sont prescripteurs et décisionnaires. Ils doivent comprendre très vite qu'il est possible de perdre des médailles et de gagner une image”.